C’est sans conteste le spectacle le plus créatif que j’ai pu voir. Théàtre, danse, son et lumière, tableaux vivants où les acteurs deviennent de véritables icones mi-punk mi-pop art. Cette création est résolument moderne, mélant les différentes formes de créations artistiques.
La pièce peut surprendre, dérouter (sons amplifiés, miaulements de chat) justement parce qu’elle est déstructurée et tellement dans la recherche d’une esthétique parfaite, le texte, l’espace, l’épure. Isabelle Huppert confirme ce que je pensai depuis longtemps, c’est une, sinon la meilleure comédienne française, du moins une véritable artiste.
Le texte, (eh oui je me suis précipitée pour l’acheter en sortant), les liaisons dangereuses de LACLOS revisité par Heiner Müller est génial, provocateur, érotique, pornographique (?) avec des réparties sublimes, jugez vous même :
« Qu’est-ce que la dévastation d’un paysage comparé au gaspillage de jouissance qu’entraîne la fidélité d’un mari…
Même s’il me faut avouer que je commence à comprendre pourquoi la fidélité est le plus sauvage des dérèglements. ...
Seule la mort est éternelle, la vie se répète jusqu’à ce que l’abîme soit béant…
Qu’avez-vous appris si ce n’est à manœuvrer votre queue dans un trou en tous points semblable à celui dont vous êtes issu, avec toujours le même résultat, plus ou moins divertissant, et toujours dans l’illusion que l’applaudissement des muqueuses d’autrui va à votre seule personne, que les cris de jouissance vous sont adressés à vous, alors que vous n’êtes que le véhicule inanimé de la jouissance de la femme qui vous utilise, indifférent et tout à fait interchangeable, bouffon dérisoire de sa création…
Et ce que la plèbe appelle suicide n’est que le couronnement de la masturbation. »

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