Je sais l’année n’est pas finie mais sans aucun doute ma rencontre avec Lucile aura été une des plus belles de 2007.
Elle m’a prise par la main, elle m’a guidé dans les méandres du Louvre, d’Orsay, de Beaubourg, dans les rues de Paris. Plus que ça, elle m’a ouvert les yeux. Elle m’a appris à voir. Elle connaît si bien la valeur des choses, comme souvent ceux qui ont frolé la mort et deviennent des accrocs à la vie. Etrange paradoxe de cette Dora Maar qui de son œil unique voit tellement mieux que la plupart d’entre nous.
Lucile m’a accouché de mes émotions, elle m’a fait puiser au fond de moi. Elle m’a appris à exprimer ce que je ressens devant un tableau, à lire les artistes, à dépasser le simpliste « j’aime/ j’aime pas – c’est beau / c’est pas beau », à comprendre.
Avec beaucoup de finesse, de sensibilité, de douceur mais une pointe de fermeté et de rigueur (elle s’est pas tapée 5 ans à l’Ecole du Louvre sans qu’il en reste une trace !) elle a fait mon éducation artistique.
Je ne regarderai plus jamais un tableau comme avant.
Au fil des siècles, au fil des artistes, au-delà de « ses vingt ans, mes quarante », nous avons tissé une relation intime, pleine de profondeur, de complicité et d’humour.
Aujourd’hui Lucile n’est plus mon professeur, c’est mon amie



Au coin de la rue des 5 diamands et du boulevard Auguste Blanqui, 3 fois par semaine, planqué derrière ses fleurs, Mahmoud tient salon. Ca défile. Un vrai manège. Des jeunettes, des moins jeunes, des guillerettes, des mamies par légions. Toutes différentes . Des rigolottes qui sont vaccinées contre le malheur et qui s’extasient devant la vie. Des qui rochonnent mais qui savent qu’avec Mahmoud ça va pas l’faire et qui s’essaient à sourire, un sourire de clown, un sourire figé, coincé mais un sourire quand même car quand leur fleuriste préféré leur susurre à l’oreille « voilà ma princesse, la plus belle » elles craquent, se liquéfient … et deviennent pendant quelques minutes des stars du marché.